Cet article est inspiré de mes lectures, de mes écoutes et de mes expériences professionnelles.

Lors d’une intervention sur le podcast Cœur de Lumière (disponible en bas de page), animé par Zoé, créatrice du projet Cœur de Tissu, celle-ci me demande : « Mais ne sommes-nous pas en deuil en permanence ? ». Cette question m’a interpellée. Elle peut à la fois nous heurter. Non, bien sûr que non ! Et en même temps, si on regarde la réalité en face, si on prend le temps de descendre dans nos profondeurs intérieures, un oui peut émerger. Oui, en permanence. Car en permanence, il y a du mouvement à l’intérieur. En permanence, je change. Jung dit « Changer, c’est mourir et renaître. » Oui, le mouvement de la vie présent en moi, crée un changement permanent. Alors, à chaque instant, quelque chose meurt et se renouvelle en moi. Je vis la perte à chaque seconde. Visible ou invisible. Brutale ou attendue. Consciente ou inconsciente. Pour autant, toutes les pertes ne se valent pas. N’est-ce pas ? Il existe des pertes plus douloureuses que d’autres. Alors quelles sont-elles et que révèlent-elles de nous ?
Qu’est-ce que le deuil ?
Définissons ensemble de quoi nous parlons. Le deuil peut être à la fois :
- la perte liée au décès d’un proche, d’un animal, la perte d’un lieu, d’un projet, d’un travail, une séparation, la perte d’une fonction, une perte en lien avec le vieillissement ou la maladie, etc.
- La réaction psychologique à la perte : la souffrance et les signes extérieurs
- Le processus psychologique que nous traversons suite à la perte, les pratiques, les rites…
- L’état ressource dans lequel on se met pour faire face à la perte.
Il y a des pertes qui ne laissent quasi aucune trace. Et d’autres qui nous bouleversent et engendrent une véritable crise intérieure. Teresa Robles, psychologue et hypnothérapeute, dit que « la douleur est fonction de la relation que vous entreteniez avec la personne perdue ». Et aussi des circonstances de la mort. La tristesse est normale. Elle vient dire que la relation était importante. Sinon, il n’y a pas de tristesse. Certains, on les voit peu, mais on a beaucoup de douleurs lorsqu’ils disparaissent. Cette douleur parle de la relation. « Je sais qui j’ai perdu mais je ne sais pas ce que j’ai perdu ». Le cheminement va nous amener à vous interroger sur le rôle de cette personne (de cet animal, de cet objet, de cette situation…). Quelle place occupait-elle dans ma vie ? En quoi cette personne/cette situation a contribué à ce que je suis devenu ?
Arnaud Riou exprime que « la tristesse est une voie d’accès à la profondeur, à notre vulnérabilité et à notre authenticité. » Ainsi, le deuil est une occasion de mieux se connaître. C’est l’occasion d’une exploration intérieure, de questionner notre rapport à la vie, à la mort, à ce qui est perdu. Le travail de deuil est à la fois une tentative de réparation, de transformation de la souffrance, et un travail identitaire. La perte bouscule nos repères. Qui sommes-nous ? Quelles relations entretenons-nous ? Quelles sont nos priorités de vie ? Cette crise peut être une opportunité. L’occasion de renouveler nos priorités, de nous connecter à ce qui est précieux pour nous, de nous libérer d’attentes ou d’injonctions, de découvrir nos ressources aussi…
Le deuil est l’expérience d’une rupture de lien. Naturellement, c’est dans la reconstruction de liens que nous progressons et que nous pouvons reprendre le cours de la vie. Ainsi, certains deuils, notamment ceux qui font suite à une mort violente ou un décès par suicide, nécessitent un accompagnement thérapeutique. Une rencontre, la construction d’un nouveau lien, bienveillant et sécure, peut être indispensable pour accéder à nos ressources internes et de nouveau laisser la vie couler en nous.
L’accompagnement du deuil
Cette épreuve peut avoir un retentissement sur toutes nos dimensions : physique, émotionnelle, mentale, comportementale, énergétique et spirituelle. Une étude américaine montre que plus de 50% des maladies somatiques peuvent être référées à des deuils non terminés. L’impact est probablement encore trop négligé dans notre société occidentale qui a fait de la mort un des plus grands tabous du 20è siècle.
Aujourd’hui, la place de la mort tend à changer, doucement. Des propositions d’accompagnement se multiplient : conférences, groupes de parole, différents types de thérapie, apéros de la mort… La mort est un marché. Il est essentiel de s’informer afin de pouvoir réaliser un choix conscient et éclairé avant d’entamer une démarche.
Il me paraît essentiel que le praticien se forme régulièrement et soit lui-même accompagné, ou supervisé, afin d’explorer son propre rapport à la mort (et à la vie). Cela nous permet d’être au clair, et de différencier ce qui nous appartient, de ce qui relève de la personne rencontrée. Il existe des professionnels qui ne se sentent pas à l’aise pour traiter ces problématiques de mort et de deuil, et c’est tout à fait légitime. Le plus important est de définir ses propres limites.
La spiritualité et le deuil
Que ce soit dans l’accompagnement du deuil ou d’une autre problématique d’ailleurs, il me parait inconcevable, mais c’est là une position personnelle, de faire l’impasse de la dimension spirituelle. Accueillir l’autre en entier, avec ouverture et curiosité, dans toutes ses dimensions, afin de favoriser la libération et la transformation.
La spiritualité est entendue ici « comme ce qui est de l’ordre de l’esprit, indépendant de la matière », ou encore comme « la recherche en soi d’un éveil vers un principe commun à toute chose », ou plus simplement « la croyance en quelque chose d’autre que soi ». La spiritualité comme une approche individuelle, un processus intérieur, sans règles définies, à distinguer de la religion, considérée ici comme « une approche organisée de la vie, autour de croyances, dogmes, rituels, qui relie un ensemble de personnes ».
Les avancées scientifiques aujourd’hui commencent à rejoindre les conceptions spirituelles. Il n’est nullement nécessaire d’opposer ces dimensions et nous pouvons en tant que praticien contribuer à l’unification du yin et du yang, du matériel et de l’immatériel, de l’esprit et du corps, afin de contribuer au phénomène d’individuation du sujet accompagné. C’est vers cette complétude que nos accompagnements doivent tendre selon moi. En tout cas, mon intention se situe là aujourd’hui.
Dans l’accompagnement au deuil, on ne peut selon moi faire l’impasse de questionnements existentiels partagés depuis des siècles : qu’est-ce que nous sommes ? De quoi sommes-nous faits ? d’où venons-nous ? Que devenons-nous après la mort ? Quelle relation puis-je entretenir avec la vie ? avec mes morts ?
Bertrand Vergely, philosophe et théologien a dit : « personne ne peut vivre en pensant qu’il ne vient de rien, qu’il ne va vers rien, et qu’il n’est rien qu’un tas d’atomes ». Ce qui induit que nous avons tous des croyances et des hypothèses pour répondre à ces questions, car le mental aime remplir le vide et répondre aux questions n’est-ce pas ?
Pourtant, nous sommes plus que ce que nous croyons. La physique quantique l’affirme. Nous sommes avant tout constitué d’énergie, d’électricité par exemple. Or, tout est énergie. Tout est onde, vibration, information. La science explique que nos pensées se transmettent grâce aux influx nerveux des neurones, l’électricité parcourt notre corps pour diffuser des informations constamment, consciemment ou non d’ailleurs, pour faire battre notre cœur, que nous respirions, que le sang transporte l’oxygène aux organes, etc. Nous sommes bien de l’énergie, visible ou non, matérialisée ou non.
Einstein dit « je crois en la vie après la mort, tout simplement parce que l’énergie ne peut pas mourir. Elle circule, se transforme, ne s’arrête jamais ». Notre corps serait donc une énergie prenant une certaine forme. La mort pourrait être une transformation de cette énergie en une autre forme. Semble-t-il invisible, en tout cas pour certains. Ce qui n’est pas visible pour certains, l’est pour d’autre. Et ce qui n’est pas visible, ne veut pas dire que cela n’existe pas, n’est-ce pas ? Par exemple, regardez un objet en face de vous, n’importe lequel, retournez-vous de façon à ne plus le voir. Il existe encore n’est-ce pas ?
Testez vos croyances !
On peut venir questionner ces schémas en nous :
Prenez le temps de vous installer confortablement, les pieds au sol, de façon à trouver une position stable. Prenez quelques respirations profondes. Et connectez-vous à votre monde intérieur, et à votre corps.
Que ressentez-vous dans votre corps, lorsque vous croyez que vous n’êtes qu’un corps ? Lorsque vous croyez qu’il n’y a rien avant la naissance et que tout s’arrête au moment de la mort ? Cela fait quoi dans votre corps ?
Qui seriez-vous aujourd’hui sans cette croyance ?
Que ressentez-vous lorsque vous entrevoyez la possibilité d’être plus que ça ? A l’idée que vous êtes bien plus que ce que vous croyez, que ressentez-vous ?
En imaginant qu’après la mort, vous pourriez simplement expérimenter quelque chose de différent, que se passe-t-il dans votre corps ?
Pour aller plus loin
Aimer, perdre, grandir, Jean Monbourquette
Excusez-moi, je suis en deuil, Jean Monbourquette et Isabelle d'Aspremont
Vivre le deuil au jour le jour, Christophe Fauré
Cette vie et au-delà, Christophe Fauré
Après le suicide d'un proche, Christophe Fauré
Une question de mort et de vie, Irvin Yalom
Pardonner à la mort, Sylvain Didelot
Podcast Coeur de Lumière
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